Le Bataillon mixte du Pacifique

 

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Le 4 juin 1916 est créé à son départ de Nouvelle- Calédonie sur le Gange  le bataillon mixte du Pacifique : quatre-vingt-dix  tahitiens accompagnent les recrues calédoniennes.

Les six cent autres hommes des contingents de Tahiti quittent pour leur part la Nouvelle Calédonie le 3 décembre 1916 pour Marseille qu’ils touchent en février 1917.

Le voyage est long et difficile pour les soldats entassés à fond de cale.

Des  volontaires tahitiens sont malades et décèdent. Débarqué du vapeur Gange à Freemantle, le caporal Jean-Baptiste Ceran décède le 4 janvier 1917 de maladie.

Le caporal Jean-Baptiste Ceran débarqué à Freemantle décède le 4 janvier 1917 de maladie. Ses restes mortels sont rapatriés à Tahiti le 1er décembre 2012.

Collection privée

Les volontaires tahitiens Amaru a Reoni dit Motutehare a Puna, Maroura a Maurirere, Maui a Temauri, Mauri a Taga, Motu Abela, Rua a Tauaroa, Tanua a Tanauri, Taoa a Tehei, Tautihia a Faaave, Teraiiapiti a Tautu, Teriihaoatua a Faufau, Tetiamana a Atea, Teuira a Urarii, Tiavaiiau a Teamao et Tupueroo a Pohio décèdent en cours des divers convoyages.

Le bataillon débarque à Marseille le 10 août 1916.

La première vague stationne au Camp de Cassis, 29ème compagnie du 22ème régiment d’Infanterie coloniale. Ils seront intégrés dans les rangs de la 17ème division d’infanterie coloniale à Salonique

En février 1917, un contingent de  cinq-cent-quatre-vingt-seize tirailleurs et  de quarante-neuf européens arrive à Marseille. Ils gagnent le camp de Boulouris.

Tony Bambridge, soldat du 22° colonial

Fonds Tony Bambridge

 

En  mai 1917, un fort contingent de tahitiens de cinq cent hommes les renforce.

Ils composent  les 2ème et 3ème compagnies du Bataillon mixte du Pacifique.

Mis à disposition de la Commission des Ports de Marseille, les tirailleurs sont affectés au chargement des navires qui partent pour le front d’orient.

Le 6 avril 1917, les tirailleurs deviennent bataillon de marche pour être dirigés et entraînés à Fréjus.

Le 1er mai 1917 Trouilh prend le commandement du bataillon mixte du pacifique qui se renforce :

Le 3 août 1917 le bataillon est dirigé par train sur le front de Champagne.

L’effectif compte 1062 hommes, 20 officiers, 87 chevaux et 42 voitures.

Ils sont  à Rouilly – Géraudot  le 5 août pour stationner à Assencières et Luyeres où les tirailleurs entament des formations de combat.

Les premières offensives françaises de septembre 1914 brisées par les Allemands, Paris est menacée, la ville de Troyes aussi. Troyes devient la première ville de front pour arrêter l’avance allemande dans la Marne puis la première grande ville de l’arrière pour les batailles de l’Aisne, de la Somme, de l’Artois, des Flandres, de Verdun. La compagnie des chemins de fer de l’est est réquisitionnée par les armées françaises pour acheminer, via ce grand carrefour ferroviaire, hommes, matériels et munitions. La Ville de Troyes devient pendant toute la durée de la guerre un centre de transit stratégique et une ville hôpital.

Troyes accueillera jusqu’à vingt hôpitaux. Au gré des offensives et des combats, le nœud ferroviaire de Troyes va accueillir plus de cent trains par jour qui acheminent les blessés évacués du front.

Les plus gravement atteints sont hospitalisés sur place, les autres transportés vers le centre de la France. Les hôpitaux seront installés le plus souvent dans des écoles. L’orphelinat Audiffred, 3 rue des Tauxelles devient l’hôpital complémentaire n° 3 de Troyes.

L’hôpital complémentaire n°3 dispose notamment d’une aile réservée à l’isolement et au traitement des tuberculeux. 

Le 17 octobre 1917, Tehaotua a Pea dit Papoioo de la 4° compagnie, matricule 556 né le 19 mai 1894 à Punaauia, atteint de tuberculose, y décède.

Le soldat Ru Marae s’y éteint le 17 août 1917.

Le lycée de jeunes filles Marie de Champagne devient en 1917 l’hôpital complémentaire n° 8 de Troyes, hôpital militaire canadien, d’une capacité de 1400 lits.

Le 2° classe Metua Tuahu a MATEAU, né le 11 septembre 1893 à Tiarei y décède le 26 août 1917.

Les trois Tahitiens sont inhumés au carré militaire du cimetière de Troyes.

En 1959, leurs restes mortels seront transférés au cimetière militaire de Suippes-la-Ferme, situé à cent kilomètres de Troyes.

Le bataillon mixte du Pacifique, tenue de campagne en capotes, officiers compris, quitte le camp Mirabeau près d’Estaque pour s’embarquer au quai militaire du Puget le 3 août 1917, à destination du front. Le transport s’effectue en deux échelons fort de 20 officiers, 1062 hommes, 87 chevaux, 42 voitures.

Le 5 août 1917, il débarque à la gare de Rouilly- Géraudot dans l’Aube.

La 2ème compagnie cantonne à Assencières, village de l’aube à quinze kilomètres de Troyes sous les ordres du capitaine BRISOU.

Les 1°, 3° et 4° compagnies stationnent dans le village de Luyères sous le commandement du chef de bataillon TROUILH.

Les 1° et 2° compagnies sont néo-calédoniennes, les 3° et 4° compagnies sont tahitiennes respectivement sous les ordres des lieutenants Magnin et Le Toullec.

Les stationnements des compagnies du bataillon mixte du Pacifique vont se faire en parfaire harmonie avec ces petites agglomérations de Troyes. A leur départ, les mairies de Luyères et d’Assencières leur délivreront un certificat de bien vivre.

Dès son installation, le Bataillon mixte du Pacifique qui a été rattaché à la IV° armée va parfaire son instruction jusqu’au 24 août 1917.

Le bataillon rembarque les 25 et 26 août à la gare de Rouilly- Géraudot pour cantonner le 26 août à Valmy.

Le 6 juin 1918, le bataillon reçoit l’ordre de rejoindre le front pour débarquer le 9 juin en gare de Pont-Sainte- Maxence.

Acheminé en train à Valmy, le bataillon est dirigé le 27 août sur Moulin de Virginy- Minaucourt  pour être  rattaché au 72ème d’infanterie.

A partir du 27 août, les compagnies sont mises à disposition de l’artillerie pour des travaux de terrassements sur divers secteurs jusqu’en novembre 1917. Le bataillon enregistre ses premières pertes.

Il organise ses positions. Les obus tuent 2 tirailleurs dont le tahitien Eugène Tabanou qui décède dans un éboulement de terre et en blessent 2 autres.

Pour raisons sanitaires, le bataillon est regroupé le 17 septembre  à l’arrière de la ferme des Meigneux pour être transporté par camions  au Camp de Sainte- Tanche près de Mailly.

Le 7 novembre 1917, le bataillon mixte du Pacifique fait mouvement sur Arcis sur Aube où le train l’emmène jusqu’à Marseille où il débarque le 10 novembre 1917.

Avec l’hiver,  le bataillon est acheminé par voie ferré sur Fréjus pour être stationné au camp de Darboussières puis de Boulouris.

Éprouvé par une épidémie de grippe, son retour sur le front est retardé au  9 juin 1918

Le bataillon mixte du Pacifique fort de 1200 hommes, 91 chevaux, 44 voitures  débarque en gare de Pont- Sainte- Maxence dans l’Oise.

Stationné à Brenouille et Monceaux, la Compagnie Mixte du Pacifique est fractionnée pour être rattachée  à la 72 ème division d’infanterie et au Génie pour le renforcement des positions sur l’ancienne tête de pont de Compiègne où la compagnie de mitrailleuses  sous les ordres du 324ème régiment d’infanterie est chargée de sa défense.

Du 18 au 21 juillet, le bataillon est engagé pendant quatre jours dans le secteur de la Cuise- Lamotte:

La CMP a 14 tirailleurs tués, 4 disparus et 101 blessés.

Blessé le commandement Trouilh est remplacé par le commandant Gondy.

Le 28 juillet avec le 164ème  RI, il devient un détachement de poursuite.

La marche sur Soissons lui coûte sept tués et quatorze blessés.

Le 28 août, il attaque le plateau de Paoly.

Le 30 août le bataillon se reforme à Osly- Courtil pour être transporté dans le secteur de Charny- Villeroy.

Le 18 septembre, il est acheminé sur Saint- Remy- Blanzy  pour se rendre à Acy.

Il est réparti entre diverses unités :

Le 25 octobre, le bataillon est regroupé à Athies pour attaquer  le village de Vesles-et- Caumont.

Les tirailleurs doivent traverser la zone marécageuse, le canal, puis la Souche pour gagner la base de départ.

De nuit, l’entreprise est difficile dans la mesure où les marais ont grossi avec les pluies des jours précédents.

Dans l’obscurité, dans une eau glacée les tirailleurs du pacifique sans passerelle du génie traversent le canal de la Buze, puis celui de la Souche. Les hommes font de leurs corps des passerelles sur lesquelles les autres passent sans bruit. L’eau monte jusqu’au épaules des premiers.

Les hommes se regroupent et au petit matin précédé d’un barrage d’artillerie passent à l’attaque.

La riposte allemande ne se fait pas attendre par des tirs de mitrailleuses et de mortiers qui clouent sur place les premiers rangs. Les hommes tombent mais à neuf heures Vesles-et-Caumont est pris, les grenadiers réduisent les dernières résistances.

Les compagnies sont regroupées pour réduire la ferme du Petit- Caumont où un point d’appui ennemi tire sur le village.

Au son du clairon de Jean-René Tiare, les tirailleurs chargent, baïonnette au canon et enlèvent la ferme du Petit- Caumont.

Les compagnies se retournent dans l’élan contre la cote 79 qui domine le périmètre de combat.

Sous la protection des mitrailleuses les hommes s’élancent pour s’emparer de ce dernier point d’appui en milieu d’après-midi.

L’ennemi réagit pour dégager ses défenseurs de la cote 65 pris à revers. Une contre-attaque violente forte de moyens d’appui de feu est engagée par les allemands  contre les positions tenues par le Pacifique.

Elles sont tenues malgré l’effort ennemi.

Le 26 octobre au soir, les Pacifiens sont relevés et placés en réserve à la ferme d’Etrepoix  pour être ramené sur l’arrière à Bucy-le-Pierrepont.

Le bataillon regagne Fréjus le 19 novembre.

Le 10 décembre, le BMP en station au camp de Valescure- Golf est cité à l’ordre de la Xème  armée.

Les tirailleurs repartent de Marseille sur leurs îles où cinq cent quarante d’entre eux débarquent du El Kantara en juin 1919.

Trois cent des leurs ne sont pas revenus, tués à l’ennemi, malades ou pour beaucoup décédés de leurs blessures.


 

 

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