LES TAHITIENS ENGAGES DANS L'ARMEE AMERICAINE

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Plusieurs  natifs de Tahiti se sont engagés dans l'armée américaine.

Ainsi, Patrick O’Reilly [1] indique que Paul Langomazino est engagé dans les rangs américains. L'aventure le conduira jusqu’à Vladivostok.

Paul Raphaël Mauarii Punuiratane Langomazino dit Paulo est né le 8 septembre 1899 à Papeete. Il est le frère de Maurice Langomazino qui sert dans l’artillerie française. Paul a gagné San Francisco le 21 mars 1911 sur le Mariposa sur lequel officiait son frère Maurice comme mécanicien. Fort de ses dix-huit ans, il s’engage le 19 décembre 1917 dans l’Armée américaine au 62ème Régiment de la 8ème division d’Infanterie. Il est nommé soldat de 1ère classe le 1er juin 1918. Passe clairon le 5 août 1918. Une partie du 64ème sert en France, une autre en Sibérie ce qui explique  son  parcours qui le conduira jusqu’à Vladivostok.

En septembre 1917, le Gouvernement provisoire de Russie demande l’aide des Etats-Unis pour maintenir la ligne de chemin de fer transsibérienne (...) Lorsque le Tsar est renversé, le gouvernement provisoire russe négocie une paix séparé avec les Allemands. Le Président américain Wilson va dépêcher sous la pression des Anglais des troupes en Russie du nord pour la protection des intérêts vitaux des Alliés en Sibérie ....

 

à suivre Poilus Tahitiens - Jean-Christophe Teva SHIGETOMI

Paul Langomazino est démobilisé le 11 février 1919 à San Francisco. Par application de la circulaire ministérielle du 3 juin 1915 sur l’équivalence des services, le temps passé dans l’Armée américaine est acquis à l’intéressé.

[1]Tahitiens

Gabriel Drollet résident de San Francisco sert dans l’armée américaine pendant quinze mois et dix jours. William Sosthene Drollet de la classe 1913 mobilisé et incorporé à Papeete  fait aussi l’objet d’un engagement dans les rangs de l’Armée américaine...

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Se sont aussi engagés dans les rangs de l’armée américaine Taurana Cearo de Rapa, James Manarii de Punaauia, William Joseph Maxwell, John Tahu Pai, Isidore Richmond, Charles Pierre Simonin, William Snow, Taururoa a Temahinepua...

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Un certain John Davis venu de Tahiti s’est aussi engagé à Honolulu dans la marine américaine. John Davis va survivre au torpillage du S/S Aztec ....

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Si des Tahitiens ou natifs de Tahiti ont rejoint les rangs de l'Armée américaine, des nationaux américains ont rejoint aussi les rangs des forces françaises et notamment les aviateurs James Norman Hall et Charles Bernard Nordhoff.

Les aviateurs James Norman Hall et Charles Bernard Nordhoff.

James Norman Hall et Charles Bernard Nordhoff sont des figures connues du Tahiti d’hier. Ils ont pris tous deux épouses tahitiennes et donné des souches polynésiennes.

On retient en particulier de ces deux hommes les livres cultes qu’ils ont écrit après-guerre et notamment Mutiny on the Bounty et The Hurricane.

On oublie ou l’on ignore que ces deux américains d’adoption ont été avant leur venue à Tahiti des aviateurs de la première guerre engagés respectivement dans l’escadrille La Fayette et dans le La Fayette Flying Corps[1].

La commémoration du centenaire de la première guerre mondiale est l’occasion pour  rappeler l’épopée de ces deux hommes de légende.

Article publié dans la Dépêche de Tahiti en novembre 2014

James Norman Hall et Charles Bernard Nordhoff sont des figures connues du Tahiti d’hier. Ils ont pris tous deux épouses tahitiennes et donné des souches polynésiennes.

On retient en particulier de ces deux hommes les livres cultes qu’ils ont écrit après-guerre et notamment Mutiny on the Bounty et The Hurricane.

On oublie ou l’on ignore que ces deux américains d’adoption ont été avant leur venue à Tahiti des aviateurs de la première guerre engagésrespectivement dans l’escadrille La Fayette et dans le La Fayette Flying Corps[1].

La commémoration du centenaire de la première guerre mondiale est l’occasion pour Jean-Christophe SHIGETOMI de rappeler l’épopée de ces deux hommes de renommée internationale.

James Norman Hall est né le 22 avril 1887 à Colfax dans l’Iowa, petit village de la prairie américaine de mille sept cent quarante-neuf habitants. Il est le fils de Arthur Wright Hall et d’Ella Annette Young qui lui donnera cinq enfants. Son père met en bouteille l’eau minérale de Colfax.

Hall suit des études secondaires à Colfax jusqu’en 1904 puis entre dans la vie active comme vendeur de vêtements. Il écrit de premiers poèmes qu’il publie dans les revues Atlantic Monthly et Harpers.

Hall gagne Grinnel à une cinquantaine de kilomètres de Colfax pour entrer à l’Université jusqu’en 1906 d’où il sort avec un diplôme de philosophie.

Il gagne ensuite Boston où il suit des cours du soir à l’Université de Harvard pour préparer une maîtrise de littérature anglaise car James Norman Hall veut devenir écrivain.

Le 27 mai, il embarque pour l’Angleterre à bord du Laconia pour débarquer à Liverpool.

En août 1914, l’Angleterre entre dans la première guerre mondiale.

Le 18 août 1914, James Norman Hall s’engage à Londres dans l’armée anglaise comme 2ème classe dans le 9ème bataillon des Royal Fusiliers en se faisant passer pour un canadien car les Américains sont interdits d’enrôlement.

Le bataillon de Hall est envoyé à l’entraînement pendant sept mois d’abord dans le Kent, puis à Aldershot pour effectuer un stage de mitrailleur.

En mai 1915, il embarque de Plymouth pour le Havre en France avec la 12ème division britannique. Au front, il passe 1ère classe et est affecté dans une section de mitrailleuse.

Avec son unité, il participe à la bataille de Loos.

« (…) On nous déplaçait d’une position à l’autre par un dédale de tranchées…Ordres, contre-ordres, patrouilles et alertes se succédaient sans fin.»

Un obus tombe sur un abri qu’il vient de quitter. Tous ses camarades sont tués.

La division est relevée.

Arguant de sa citoyenneté américaine pour aller visiter son père atteint de la maladie de parkinson, James Norman Hall est libéré de ses obligations militaires.

Fin novembre 1915, il retourne aux Etats-Unis où il publie une série d’articles sur son engagement dans l’Armée britannique qui seront rassemblés dans un premier livre Kitchener’s Mob.

L’Atlantic Montly lui propose alors d’écrire un article sur une escadrille américaine engagée sur le front d’Europe.

Sa passion pour l’aviation le motive pour regagner Londres puis Paris où il rencontre plusieurs pilotes de l’Escadrille La Fayette.

Des volontaires américians en reconnaissance pour l’engagement du marquis de La Fayette[2]dans la guerre d’indépendance américaine constituent en 1916 une escadrille de chasse qui estfinancée par des américains francophiles sous commandement français. Elle va compter dans ses rangs quarante-deux aviateurs dont quatre Français. Elle accueillera aussi Eugène Jacques Bullard unique pilote de chasse noir pendant toute de la Première Guerre mondiale.

En 1917, avec l'entrée en guerre des Etats-Unis, ces pilotes américains de l'escadrille  vont rejoindre l’armée de l’Air américaine, qui va refuserEugène Bullard. Le 103e escadron de poursuite aérienne succède le 18 février 1918 à l’escadrille La Fayette.

Le Groupe La Fayette totalise huit citations à l'ordre de l'Armée aérienne. Il a droit au port de la fourragère aux couleurs du ruban de la Croix de guerre 1914-1918, ainsi qu'au port de la fourragère aux couleurs du ruban de la Médaille militaire.

Le 1er janvier 1918, au moment où elle disparaît officiellement, son bilan est le suivant :

 

Le 11octobre 1916, James Norman Hall s’engage dans la section aéronautique de la Légion étrangère avec le matricule LM.11.921. Il est formé dans les écoles de Buc et d’Avord et au Groupe des Divisions d’entraînement (G.D.E)[3]du 16 octobre 1916 au 14 juin 1917 où le 23 avril 1917 il reçoit son brevet de pilote militaire n° 6051.

Le 16 juin 1917, le caporal Hall rejoint l’Escadrille La Fayette à Chaudun où il engage de premiers vols de reconnaissance et de patrouilles de combat.

Le 26 juin, entré par erreur dans l’espace aérien ennemi, il est arrosé par la DCA ennemie puis pris en chasse par un chasseur ennemi. Les traçantes de l’avion allemand entourent son SPAD. Hall bascule pour éviter les tirs mais une balle l’atteint à l’épaule gauche. Ses lunettes cassées en deux, le sang coulant de son front l’aveuglèrent. Il descend en vrille, le moteur à plein régime. Un seconde balle traverse sa combinaison de vol et l’atteint au scrotum. Le flanc gauche et le bras gauche paralysés, Hall coince le manche à balai entre ses genoux et réduit les gaz avec sa main droite valide. Il s’évanouit et s’écrase à plat dans les tranchées alliées du secteur du ravin d’Ostel.

Hall est transporté dans un premier poste de secours puis transféré sur l’hôpital américain de Neuilly. Convalescent, il entame l’écriture de son histoire dans le service aéronautique qui donnera son livre High Adventure.

Hall titulaire de la Médaille militaire et de la Croix guerre quitte Neuilly mais est affecté par erreur à la SPA 112.

Lors d’une mission entre Belfort et Verdun, en panne d’essence, il se pose en catastrophe dans un pré. Il heurte un ballon, une clôture et s’écrase dans une rangée de pommiers. Le nez cassé, il sort indemne de cet atterrissage de fortune.

Renvoyé au GDE, il se lasse rapidement du secteur Plessis-Belleville et il déserte à bord d’un Nieuport endommagé par les combats pour regagner l’Escadrille La Fayette stationnée à Sénard en bordure de la forêt d’Argonne qu’il réintègre le 3 octobre 1917. Des camarades sont tombés et notamment son frère d’armes Douglas MacMonagle qu’il pleure et jure de venger.

Il réengage dans de nombreuses patrouilles de combat.

Le 1er janvier 1918, décollant de l’aérodrome de La Cheppe en Champagne, il attaque et abat un Albatros allemand. Sa victoire homologuée, le 7 février 1918, James Norman Hall est nommé capitaine de l’Us Air service pour être affecté dans le 103 rd AeroPursuitSquadron formé à La Noblette.

Le 27 mars, il obtient au sein de cette unité ses 2ème et 3ème victoires sur des avions de reconnaissance ennemis, la première sur Reims, la seconde avec le major Thaw et le capitaine Christopher Ford près de Somme-Py. Leur patrouille conduite par Hall a attaqué une formation ennemie de cinq chasseurs et de trois biplaces. Pour cette action, Hall cité[4] : « Pilote d’une grande bravoure ayant engagé chaque jour plusieurs combats », reçoit la Distinguished Service Cross et la Croix de guerre avec Palmes.

Le 29 mars, Hall est nommé commandant du 94thAero PursuitSquadron stationné à Eplez. A l’atterrissage, comble de malchance, il capote devant les recrues américaines.

Le 29 avril, il abat un chasseur Pfalz près de Saint Baussant. Sa quatrième victoire acquise avec le lieutenant Edward Rickenbacker est homologuée.

Le 7 mai 1918, Hall quitte l’aérodrome de Toul, pour engager le combat près de Pont à Mousson avec cinq chasseurs ennemis. La patrouille pique au-dessus du village d’Armaville, au sud de Metz mais Hall doit rompre son attaque car la toile de l’aile de son Nieuport se déchire.[5]

Il perd rapidement de l’altitude pour être aussitôt pris à partie par la défense anti-aérienne allemande[6]. Son Nieuport est atteint par un coup direct et Hall se pose brutalement dans un champ près de Pagny. Les deux coudes et le nez brisé, il est capturé pour être transporté dans un hôpital de campagne allemand à Jarny-Conflans où il reste convalescent six semaines. Hall est ensuite interné dans un camp de prisonniers à Landshut au Palatinat jusqu’à l’armistice. Libéré, il traverse l’Allemagne pour rejoindre avec d’autres officiers la frontière suisse. Ils traversent le lac de Constance pour gagner Romanshorn, puis Berne où l’ambassade américaine les envoie deux jours plus tard à Paris.

Hall est affecté à l’Etat-major de l’aviation américaine à Paris. Il est alors chargé d’écrire l’histoire des pilotes de l’escadrille La Fayette avec le lieutenant Charles BernardNordhoff pilote de la SPA 99, ancien du La Fayette Flying Corps.

Charles Bernard Nordhoff est né à Londres le 1er février 1887.

Il a fait ses études à Harvard.

Une amitié de vingt-huit ans va réunir les deux hommes jusqu’à la mort de Charles Nordhoff[7].

Ensemble, les deux amis vont partir découvrir les mers du sud.

En février 1919, Hall et Nordhoff regagnent les Etats-Unis à bord du Mauretania pour être démobilisés à Garden City, canton de Long Island.

Ils gagnent ensuite Martha’sVineyard dans le Massachussetts afin de terminer pendant le printemps et l’été leur livre sur l’Escadrille La Fayette. Ils remettent à l’automne le manuscrit à leur éditeur Houghton Mifflin. Ils rencontrent Thomas Wells, rédacteur en chef du magazine Harper’s qui leur propose d’écrire sous contrat une série d’articles sur les Mers du Sud.

En Janvier 1920, les deux hommes embarquent pour Tahiti.

Nordhoff écrit seul un premier ouvrage océanien Pearl Lagoon.

Il signe ensuite avec Hall,Faery Lands of the South Seas en 1921.

Le 4 décembre 1920, Nordhoff épouseVahinetuaaTamata[8] âgée de dix-neuf ans qui lui donne sept enfants.

Hall repart seul sans avoir trouvé l’inspiration[9] pour découvrir l’Islande mais revient finalement découragé et endetté en 1924 à Tahiti.

Hall épouse en 1925, Sarah Winchester « Lala » âgée de seize ans avec qui il aura un fils Conrad (1926)[10]et une fille Nancy (1930).

Nordhoffqui a pris Hall sous son aile vont écrire ensemble dès 1927 Les Faucons de France qui sera publié en 1929, roman biographique de l’expérience de guerre des deux hommes, puis une trilogie renommée sur les mutins de la Bounty.[11]

Hall prend alors à son tour la main pour soutenir son ami Nordhoff qui a divorcé et sombre chaque jour dans l’alcool pour écrire avec lui en 1936TheHurricane[12]. A partir de ce jour, les œuvres vont porter davantage l’empreinte de Hall.

Nordhoff rentre à Santa Barbara en Californie où il épouse en 1934 une décoratrice Laura Grainger Whiley. De retour à Tahiti, il décède le 11 avril 1947.

Après la mort de son ami, Hall publie deux autres ouvrages[13]écrits pendant de longs séjours à San Diego, Santa Barbara et San Francisco et entame sa bibliographie[14]. Il décède le 6 juillet 1951. Il est inhumé sur la colline qui surplombe la baie de Matavai où avait jeté l’ancre la Bounty.

Sur sa tombe :

Look to the Northwardstranger

Just over the Hillsidethere

Have you in yourstravelsseen

A land more passing fair.

[1] L’escadrille La Fayette (N124) ne compte que trente-huit aviateurs américains. Les deux-cent soixante neufs autres volontaires américains relèvent du La Fayette Flying Corpscréé par le Docteur Edmund Gros de l’hôpital américain de Neuilly et répartis dans différentes escadrilles de chasse, de reconnaissance ou de bombardement.

[2]Rochambeau commandait les troupes envoyées par le Roi de France. Le marquis de La Fayette était volontaire.

[3] Le GDE est situé à cinquante kilomètres au nord de Paris au Plessis- Belleville. Le GDE était une réserve de pilotes destinés au front ou en cours de réaffectation.

[4] Le capitaine Thénaud : « Quel splendide soldat ! Après s’être distingué dans les armées britanniques et françaises, il vient de se faire remarquer pour sa bravoure dans l’armée américaine. Peu d’hommes ont combattu dans trois armées et il doit détenir un record unique ».

[5]Le nouveau chasseur Nieuport 28 avait révélé un défaut dans la toile recouvrant les ailes qui se déchiraient sous la pression au niveau des bords d'attaque.

[6] Hall a été atteint par un nouveau canon antiaérien de 37 mm. L’obus n’a pas explosé mais a percé le moteur et s’est figé dans un cylindre.

[7] Les premières relations entre les deux hommes aux personnalités différentes furent assez difficiles.

[8]O’Reilly Tahitiens

[9]Il devra rembourser l’avance de Harper’s.

[10] Cameraman à Hollywood, Conrad gagne l’Academy Awards pour le film Butch Cassidy § Sundance Kids.

[11] En 1916, Hall avait acheté à la librairie Brentano le récit de John Barrow Bounty publié en 1831. En 1932, ils publient Mutiny on the Bounty (les révoltés de la Bounty), puis en 1934, Men against the sea et Pitcairn’s Island.

[12] James Norman Hall s’est inspiré de l’histoire de Julien Allain.

[13]Dark River et BotanyBay

[14]My Island Home 1952

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Après-guerre, d'autres vétérans américains s’installent à Tahiti et prennent épouses tahitiennes. Parmi eux, Charles Brown junior.

Charles Brown junior soldat de 1ère classe est engagé dans le service sanitaire comme ambulancier. Cité à l’ordre de la Division la S.S.U N° 592...

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